Somalie:Attentat meurtrié

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La population somalienne subit régulièrement des attentats, le plus souvent revendiqués par les shebabs. Le gouvernement ne parvient pas à réduire l’emprise du groupe djihadiste.

En hommage aux victimes de l’attentat de samedi, à Mogadiscio, la tour Eiffel s’est éteinte une heure lundi soir. Jamais un véhicule piégé n’avait fait autant de morts en Somalie, pays en proie à une guerre civile depuis 1991. Le dernier bilan faisait état de 276 morts et 300 blessés. Seuls l’Irak, en 2007 (plus de 400 morts) et en 2016 (323 morts), et le Liban (double attentat du 23 octobre 1983, 299 morts) ont connu des bilans plus meurtriers pour ce type d’attaque.

 

Rien ne semble enrayer le cycle de violences entamé par l’effondrement de l’État somalien au début de la décennie 1990. Mogadiscio est le théâtre régulier d’attentats sanglants revendiqués par les shebabs. Cette organisation, affiliée à Al-Qaïda, s’est imposée comme la principale force d’opposition islamiste depuis que l’Union des tribunaux islamiques a été chassée de Mogadiscio en 2006 par des troupes éthiopiennes – troupes relayées ensuite par les forces de l’Union africaine (Amisom).

« Au début, les shebabs faisaient des attentats contre tous ceux qui interagissaient avec le gouvernement et ses soutiens, explique Roland Marchal, chercheur au CERI de Sciences Po*. Après 2012, ils se sont concentrés sur des cibles d’officiels ou d’étrangers, mais ils n’attaquent plus par exemple la petite vendeuse de thé aux soldats. »

Un gouvernement incapable

L’attentat de samedi est-il l’oeuvre des shebabs? Il n’était pas encore revendiqué ce mardi. S’il est survenu dans un quartier commerçant très animé, les premiers éléments d’enquête laissent penser que la cible pourrait ne pas avoir été, à l’origine, la population civile. L’explosion d’une voiture piégée, deux heures après la première, faisant deux morts, fait penser qu’il pourrait s’agir d’une opération typique des shebabs qui aurait pris un tour non prévu.

Mogadiscio comporte de nombreux check-points et les shebabs ont en effet l’habitude d’ouvrir la voie à un véhicule bourré d’explosif par un premier attentat à la voiture piégée. L’objectif est en général une cible officielle, administrative, gouvernementale ou étrangère. « Ce ne serait pas la première fois qu’une telle explosion est provoquée, pour ne pas donner la victoire d’une capture au gouvernement, estime Roland Marchal. Il est même arrivé aux shebabs de s’excuser pour des dommages collatéraux, en ajoutant que les victimes allaient directement au paradis. »

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