Éthiopie, Zimbabwe. À qui profitent les attentats contre les pouvoirs en place ?

Éthiopie, Zimbabwe. À qui profitent les attentats contre les pouvoirs en place ?

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Le bilan provisoire de cette attaque fait état de 2 personnes tuées et de 150 autres hospitalisées dont 8 dans une situation grave, à en croire le ministre éthiopien de la Santé.

Au Zimbabwe, le chef d’État a échappé à l’explosion

Quelques heures plus tard, plus au sud, au Zimbabwe, dans la deuxième ville du pays, Bulawayo, c’est une autre attaque qui intervenait en plein meeting électoral du président Emmerson Mnangagwa [en poste depuis novembre]. Si le chef d’État a échappé à l’explosion, on déplore cependant plusieurs victimes [au moins un mort et une cinquantaine de blessés], y compris parmi les officiels et les membres du gouvernement. En pareilles circonstances, la question que l’on se pose est la suivante : à qui profite le crime ?

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En Éthiopie, deux hypothèses sont privilégiées. La première attribue l’attentat aux anciens maîtres du pays, c’est-à-dire l’élite tigréenne qui s’est juré de faire tomber Abiy ou, à tout le moins, de rendre son gouvernement inefficace.

L’actuel chef du gouvernement éthiopien est, en effet, issu du groupe communautaire oromo (35 %) qui était en conflit ouvert avec celui des Tigréens qui, depuis [la fin de la guerre civile en] 1991, détenaient tous les leviers du pouvoir, en particulier sécuritaire, militaire et économique. Pour rappel, les Tigréens, c’est cette minorité ethnique (6 % de la population) qui était parvenue à chasser du pouvoir le dictateur Mengistu, vers les années 90. Depuis, ils exerçaient leur hégémonie sur la coalition au pouvoir, le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF).

En Éthiopie, ne pas céder à la peur

Les rivalités entre les deux communautés ont été à l’origine d’épisodes sanglants, comme celui de décembre dernier où le projet d’extension de la capitale sur fond d’accaparement des terres des populations oromo, avait suscité des contestations réprimées dans le sang.

La difficile accession à la primature, en mars 2018, après d’interminables négociations, d’Abiy Ahmed, a marqué la fin de l’hyperpuissance tigréenne. Cette fin n’est pas, pour autant, synonyme d’enterrement de la hache de guerre, tant les ressentiments sont encore profonds et le désir des Tigréens de s’accrocher à leurs privilèges, encore tenaces.

Mais la piste d’une revanche de l’élite tigréenne est peu probable, selon les spécialistes qui estiment que si tel avait été le cas, l’attaque aurait été plus professionnelle et plus dramatique.

La seconde hypothèse est celle qui pointe un doigt accusateur sur un groupe de desperados, c’est-à-dire des gens mécontents des réformes engagées par le nouveau Premier ministre. Entre autres, le rapprochement avec l’ennemi juré de tous les temps, en l’occurrence le voisin érythréen, la réforme du système sécuritaire et surtout la libéralisation de pans entiers de l’économie.

Dans l’un ou l’autre cas, ce qui semble visé, ce sont les réformes entreprises par le nouveau chef du gouvernement.

Mais Abiy Ahmed ne devrait pas céder à la peur car si ses adversaires ne peuvent pas agir à visage découvert, c’est bien la preuve que leurs mobiles ne peuvent se défendre sur la place publique.

L’Éthiopie qui ressemble, en Afrique, à un colosse aux pieds d’argile, ne peut asseoir sa stabilité que dans un environnement sous-régional pacifié et surtout avec un partage équilibré du pouvoir et des richesses dans un pays où les monstres de “l’ethnicisme” ne dorment que d’un œil. Et c’est en cela que la politique du Premier ministre mérite du soutien.

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