Le FMI durcit le ton face à la corruption dans le monde

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Le FMI a décidé de durcir le ton en matière de lutte contre la corruption en évaluant de manière plus systématique le phénomène dans ses pays membres et en les encourageant à s’attaquer aussi aux acteurs privés. Le Fonds monétaire international, qui a reconnu, dimanche 22 avril, avoir manqué de « clarté » par le passé dans ce domaine, a adopté un nouveau cadre réglementaire pour permettre à ses équipes, via leurs missions annuelles sur le terrain, d’évaluer de manière régulière « la nature et la gravité de la corruption ». Et ce, dès le 1er juillet.

La corruption affecte tous les pays dans le monde, le secteur public comme le secteur privé. Elle sévit en outre à tous les échelons de la société, comme l’illustre la condamnation récente de l’ancien président brésilien Lula à plus de 12 ans de prison pour corruption passive et blanchiment d’argent. « Nous savons que la corruption affecte les pauvres (…), sape la confiance dans les institutions », a commenté la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, qui participait dimanche à une conférence sur le phénomène.

La corruption engloutit surtout chaque année 2% de la richesse mondiale et nuit au partage équitable de la croissance économique, avait déjà estimé l’institution de Washington dans un rapport publié il y a deux ans. A eux seuls, les pots-de-vins versés chaque année dans le monde totalisent entre 1.500 à 2.000 milliards de dollars, soit pas loin du produit intérieur brut (PIB) français, avait-il alors détaillé. Pays riches et en développement sont concernés mais ce sont les populations les plus défavorisées qui en sont les premières victimes parce que celles-ci dépendent davantage de services publics plus coûteux en raison de la corruption.

La corruption « est un problème qui implique de nombreux acteurs et qui est multidimensionnel », a souligné Lea Gimenez, ministre des finances du Paraguay, un pays d’Amérique du sud submergé par la corruption. Malgré une politique de lutte contre la corruption endémique, le Paraguay restait classé 135e sur 180 pays en 2017 par Transparency International.

« Mettre un maximum de pression »

Face à « la corruption experte dans l’art de la dissimulation », « nous devons être transparents », a-t-elle encouragé. « Nous ne devons pas interférer dans la politique (des pays) mais lorsqu’il en va de problématiques macroéconomiques (…), lorsque nous négocions le début d’un programme (d’aide financier), nous avons toute la légitimité pour agir », a argué Christine Lagarde, anticipant d’éventuelles critiques.

Elle a ainsi souligné que l’élaboration d’un programme d’aide pouvait être l’occasion « de mettre un maximum de pression » pour exiger des informations complètes. Le FMI n’a pas de pouvoir policier en matière de corruption mais il peut exercer une certaine pression via ses programmes d’aide financier. Il a ainsi conditionné le déblocage de fonds supplémentaires pour l’Ukraine non seulement à la mise en oeuvre de réformes mais encore à de réels progrès dans sa lutte contre la corruption omniprésente dans le pays.

« La corruption prospère dans l’obscurité », a ajouté Christine Lagarde, se félicitant que les équipes du FMI avaient obtenu du comité de direction le feu vert « pour être plus intrusifs ». Fait nouveau, le Fonds va s’attaquer aux acteurs privés, dont les multinationales, qui se livrent à des pratiques de corruption ou qui contribuent au blanchiment d’argent. Pour ce faire, il encourage les pays membres « à se prêter volontairement à une évaluation de leurs dispositifs juridiques et institutionnels » dans le cadre des missions annuelles de surveillance du FMI.

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